Lectures et petites chroniques de Sandra mais pas que...

CHRONIQUE - Le goût du bonheur 1 - GABRIELLE

Marie Laberge
Contemporain - Historique
Éditions Pocket
Paru le 5 avril 2007
896 pages
 
Une île non loin de Québec où les étés ont des allures de paradis. C'est là que les cinq enfants Miller, bientôt six, grandissent entourés d'amour, dans une maison aux portes ouvertes en grand. C'est que Gabrielle, leur mère, et Edward, leur père, n'hésitent pas à accueillir ceux dont la fortune, contrairement à la leur, n'a pas survécu au krach de 1929. Dans une société encore très puritaine dominée par une Église implacable pour les femmes, Gabrielle défend farouchement son clan et ce goût du bonheur qu'elle transmet à ses enfants aussi passionnés d'elle.
 
Extrait
 
Edward les trouve toutes deux enlacées dans la berçante en osier, béatement endormies et sourdes à la maison qui s'éveille. Il les contemple. La même ligne de sourcils, le même carré du visage, sa bouche à lui, mais son sourire à elle, avec ses parenthèses de fossettes. La seule de ses enfants à avoir hérité du précieux regard gris de Gabrielle, variations des nuances en moins. Edward sait qu'il n'a observé aucun de ses enfants autant que celle-ci. Probablement Est-ce pour cela que Béatrice fait autant de manières. Mais, de tous ses amis, de tous ses parents ou connaissances, il est le seul à avoir autant de sens paternel. Lui qui n'a connu de son père que sa boîte à lunch, quotidiennement remplie par sa mère, il s'est juré que ses enfants verraient de lui autre chose que sa fatigue et son abattement. Il n'est pas certain d'y arriver avec les plus petits, mais celle-là, sa première, il la sait par cœur. Et, même si ce n'est pas avouable elle a une place bien à elle dans son affection.

Extrait 2

Quand Edward ferme ses bras autour de ses épaules et la serre contre lui, elle se met à pleurer dans la lumière douce de la lune. Elle pleure sur l'enfance de sa petite fille qui s'achève, sur le temps si court des enfants qu'on garde dans ses bras, sur Florent si peu gâté par la vie et à qui elle veut donner au moins une petite chance d'avoir un jour dix ans. Elle pleure le dos abandonné contre le corps solide de cet homme qu'elle aime et qu'elle approuve, même si sa décision est dure.
Un roman qui peut effrayer pars le nombre de pages et cela ne va pas en s'améliorant avec les tomes suivants qui sont encore plus volumineux. 939 pages pour le deuxième tome et 1091 pages pour le troisième. Mais ne vous laissez pas distraire, perturber ou effrayer par le nombre de pages ou le récit un peu lent des premières pages et plongez tête baissée dans cette saga familiale qui je l'avoue après un petit temps d'adaptation dû au vocabulaire (quelques thermes Canadiens) et un peu de lenteur (le temps de mettre en place les personnages, la période, le contexte), la lecture deviendra fluide et agréable.
 
Puis-je parler ici d'un roman féministe, je crois que oui en partie tout du moins. Ce premier tome est principalement consacré à Gabrielle. Mère de cinq enfants et épouse heureuse, follement amoureuse de son mari qu'elle a épousé par amour envers et contre tout malgré le désaccord de son père. Ce qui fait d'elle d'entrée de jeu, une héroïne qui se bat pour ses convictions et à l'époque ce n'est pas rien car l'histoire se déroule entre deux guerres. Une période difficile, une fois la première guerre mondiale terminée, quand la vague se retire, reste la misère et le chagrin qui restent. 
 
Un roman qui nous conte par exemple à travers ses personnages, l'émancipation de la femme ainsi que le sujet plus que délicat de la contraception en désaccord avec l'église. On voit grandir les enfants et vieillir les adultes. Peu à peu d'autres personnages viennent habilement se greffer au récit pour l'assaisonner et doucement certains d'entre eux prennent une place importante pour en devenir les personnages principaux des tomes suivants.
 
Un roman habile et intelligent, historique, familiale, féministe, doux et fort à la fois. Il est dosé à merveille et les pages se tournent toutes seules jusqu'à la fin. Marie Laberge clôture ce premier tome de manière incroyable où la seule option possible est de se jeter sur le deuxième tome pour poursuivre la lecture.
 
En conclusion, un coup de cœur pour ce premier tome qui m'a captivée. Ne vous laissez pas impressionner par le nombre de pages ce n'est qu'un détail, le voyage en vaut la peine. Et un conseil, ayez le deuxième tome à porté de main.


CLUB DE LECTURE Août 2020